Les Archives Secrètes Vaticanes possèdent, entre autre, un très vaste et très riche patrimoine de sceaux de diverses provenances. Il s’agit de milliers de sceaux pendants et plaqués, en métal, en cire, ou en papier, presque tous parvenus à nous joints aux documents correspondants.
|
Lettre solennelle de Philippe II, Infant d’Espagne, au pape Paul IV (1er octobre 1555)
ASV, A.A., Arm. I-XVIII, 522
|
Une collection que l’on peut qualifier d’unique au monde, tant par le nombre que par la qualité, est bien celle des bulles d’or. Des 81 exemplaires de 42 types différents, 64 sont des sceaux en feuilles d’or et 4 en or massif; il faut encore ajouter 13 coffrets (5 en or, 6 en argent et 2 en argent doré) contenant autant de sceaux en cire. Il ne faut pas s’étonner que le Saint-Siège possède une collection aussi importante : en effet, empereurs et souverains utilisaient parfois un métal précieux comme l’or dans les sceaux pour transmettre avec une plus grande évidence l’autorité du titulaire du sceau autant que l’importance du destinataire.
En Italie, on trouve des sceaux en or dans les Archives d’Etat de Bologne, de Florence, de Venise, de Milan, de Turin et encore dans certains musées ou archives cathédrales; en Europe, on n’en conserve que peu d’exemplaires à Paris, à Londres, en Allemagne, en Espagne et dans quelques autres Etats. La collection vaticane est la plus riche et la plus représentative d’un point de vue chronologique : de Frédéric Barberousse aux trois premières décennies du XIXe siècle.
La bulle la plus ancienne date effectivement de 1164 et appartient à un document de l’empereur Frédéric Ier Barberousse (A.A., Arm. I-XVIII, 7): il est fortement aplati et constitué de deux feuilles d’or; au recto l’imposante figure de Barberousse se dresse à mi-corps à l’intérieur d’une enceinte de murs crénelés dans lesquels s’ouvre une porte au tympan régulier : le souverain tient dans la main droite le sceptre en fleur de lys, et dans la gauche le globe crucifère; au verso est représenté l’”AUREA ROMA” par la vue d’un ensemble d’édifices, palais, tours, campaniles disposés en symétrie autour du Colisée. La légende du recto et du verso confirment l’idée impériale et la conception politique de Barberousse : Frederic(us) Dei gr(ati)a Romanoru(m) imperator aug(ustu)s (Frédéric par la grâce de Dieu, auguste empereur des romains) et Roma caput mundi regit orbis frena rotundi (Rome capitale du monde tient les rênes de l’orbe terrestre)
|
Recto et verso du sceau de l’empereur Frédéric Ier Barberousse
ASV, A.A., Arm. I-XVIII, 7 |
La majeure partie des sceaux de cette précieuse collection portent au recto l’iconographie ordinaire des souverains en majesté, où le détenteur est figuré en pieds ou assis sur le trône avec la couronne et dans les mains les attributs du pouvoir (sigilli ad effigie); les sceaux d’Andronic II Paléologue, Jean V Paléologue, Henri VI, Frédéric II, Bela IV, Philippe III et de l’empereur Charles VI de Habsbourg, pour n’en citer que quelques uns, en sont des exemples. Alors qu’au verso certains sceaux représentent l”AUREA ROMA”, d’autres présentent le Christ en croix, d’autres encore le souverain en armure à cheval, ou des éléments héraldiques.
|
Verso du sceau de Philippe II, Infant d’Espagne (an 1555)
ASV, A.A., Arm. I-XVIII, 522 |
Un exemple rare de recours à l’or de la part des pontifes pour sceller leurs documents est constitué par la bulle du pape Clément VII de 1530, qui représente au recto les têtes des apôtres Pierre et Paul, et au verso reporte le nom du pontife avec l’ordinal. Ce pape interrompit ainsi la tradition séculaire de l’usage du plomb dans la chancellerie pontificale.
La collection des bulles dorées comprend aussi le très beau sceau de Philippe II roi d’Espagne (an 1555) : il frappe, outre sa taille et son poids (il est en or massif d’un diamètre de 111 mm), par la délicatesse et le perfection de la réalisation, constituant ainsi un des plus bels exemplaires du patrimoine sphragistique des Archives Secrètes Vaticanes. Le recto présente le souverain en armure assis sur le trône, les accoudoirs aux têtes de chimères et le dossier revêtu d’un drap damassé. Avec la main droite il empoigne son épée et appuie la gauche sur le grand bouclier d’Espagne couronné. Le verso, de type équestre, figure le roi en armure complète sur un cheval galopant couvert d’une riche selle damassée; la légende rapporte les multiples titres du souverain.
Les derniers sceaux précieux, dans l’ordre chronologique, sont : le sceau de cire dans son étui d’argent doré de 1803 apposé à la ratification par Napoléon Bonaparte du traité entre la République Italienne et Pie VII, et enfin le sceau dans son étui d’or de 1822 de Ferdinand III de Lorraine.
|
Coffret d'or et sceau de cire de Ferdinand III de Lorraine, Grand-duc de Toscane (1822)
ASV, Arch. Borghese 930, Tit. Onorifici, T. IV |
|