RESUME DU PROCES CONTRE GIORDANO BRUNO
Rome, 1597
Dossier papier, 320x240 mm, 429 ff. (numérotation originale, en partie fausse et incompréhensible sur de nombreux folios blancs), reliure en parchemin; au dos : VARIA. Censurae.
ASV, Misc., Arm. X, 205, ff. 230v‑231r
Dans un des volumes du fond «Miscellanea Armadi» (Arm. X, 205), peut-être composé du recueil de divers écrits du célèbre canoniste Francisco Peña, Auditeur puis Président de la Rote (mort en 1612), on trouve un texte précieux, longtemps tenu secret et finalement retrouvé dans la fond Pie IX après 15 années d’infructueuses recherches par le Préfet des Archives Vaticanes Angelo Mercati, le 15 novembre 1940: le résumé du procès contre Giordano Bruno. On doit aussi à Mercati l’édition du résumé avec une ample et solide introduction en 1942.
Le ou les volumes du procès romain contre Giordano Bruno (1548-1600) étant définitivement perdus, un temps conservés aux archives du Saint Office, le présent texte, qui découle de ces originaux (les pages perdues du procès sont régulièrement citées dans les marges du résumé), devient un témoignage plus précieux encore pour la connaissance des longues tribulations de l’affaire inquisitoriale à laquelle le célèbre frère dominicain fut subordonné. Dans le résumé confluent, probablement à l’usage de l’Assesseur du Saint Office de l’époque, des extraits des oeuvres de Bruno, ses interrogatoires, quelques actes du procès vénitien qu’affronta le célèbre prédicateur en 1592, et d’autres écrits toujours recopiés sur le procès original.
L’entreprise de Giordano Bruno s’acheva avec le procès romain (1593‑1600) et avec la sentence reconnaissant l’hérésie, qui, devant son extrême et résolue défense, fut commuée en peine capitale, exécutée au Campo dei Fiori le 17 février 1600. Dans un des derniers constats qui précédèrent la sentence (peut-être en avril 1559), le dominicain fut interrogé par les juges du Saint Office sur sa conception cosmologique, qu’il avait exposée dans La cena delle ceneri, et dans De l’infinito universo et mondi. Il soutint encore ses théories et les défendit scientifiquement comme fondées et nullement contraires aux divines Ecritures (partie gauche, à partir de la première ligne : Circa motum terrae, f. 287, sic dicit: Prima generalmente dico ch’il mo<t>o et la cosa del moto della terra e della immobilità del firmamento o cielo sono da me prodotte con le sue raggioni et autorità le quali sono certe, e non pregiudicano all’autorità della divina scrittura [...]. Quanto al sole dico che niente manco nasce e tramonta, né lo vedemo nascere e tramontare, perché la terra se gira circa il proprio centro, che s’intenda nascere e tramontare [... ]). Dans ces pièces, où Giordano Bruno fut interrogé, pour les mêmes questions cruciales du rapport entre la science et la foi, à l’aube de la naissance de l’astronomie et au crépuscule de la décadente philosophie aristotélicienne, seize années plus tard sera convoqué par le cardinal Bellarmino, qui là contestait à Bruno ses thèses hérétiques, Galileo Galilei, sujet lui aussi à un procès inquisitorial qui, par chance, ne se conclura que par une seule abjure.